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Systèmes éducatifs français et espagnol : public, privé sous contrat (ou concerté) et purement privé – budgets, coûts par élève et proposition de bons d’éducation à la Friedman
Cadre comparatif
La France et l’Espagne proposent une scolarité obligatoire (primaire, collège/ESO et lycée/Bachillerato) majoritairement publique. Elles disposent également d’un secteur privé aidé par l’État (privé sous contrat en France, concertado en Espagne) et d’un secteur purement privé, plus restreint.
Les données présentées concernent principalement le primaire et le secondaire (hors enseignement supérieur), pour les années scolaires 2023-2024 et 2024-2025, ainsi que les dépenses de 2023-2024. Elles proviennent des sources ministérielles (DEPP en France ; Ministerio de Educación en Espagne), de l’OCDE et de la Cour des comptes.
France
- Élèves (1er et 2nd degrés, public + privé sous contrat) : environ 11,9 millions en 2024. Le privé sous contrat représente 17 à 18 % des effectifs (environ 2 millions d’élèves) ; le hors contrat environ 1 %.
- Enseignants : environ 890 000 (84 % dans le public, 16 % dans le privé sous contrat, soit près de 140 000 enseignants).
- Dépense intérieure d’éducation (tous niveaux, y compris le supérieur) en 2024 : 197,1 milliards d’euros, soit 6,8 % du PIB. La dépense moyenne par élève ou étudiant s’élève à 10 920 € (environ 9 080 € dans le 1er degré et 11 660 € dans le 2nd degré). L’État finance environ 55 % de cette dépense, les collectivités territoriales 23 %.
- Dans le privé sous contrat, l’État rémunère les enseignants et prend en charge une partie des forfaits. Les familles assument le reste (bâtiments, personnel non enseignant). Le coût public par élève y est inférieur à celui du public.
Espagne
- Élèves (enseñanzas de régimen general no universitarias) en 2023-2024 / 2024-2025 : environ 8,3 millions. Le public accueille environ 67 % des élèves, le concertado 24 à 25 %, le privé non concertado 8 à 9 %.
- Enseignants : entre 784 000 et 793 000 (environ 570 000 à 577 000 dans le public, 215 000 à 216 000 dans le privé).
- Dépense publique d’éducation : environ 68 milliards d’euros en 2023 (près de 4,5 % du PIB). Le financement public par élève est plus élevé dans les centres publics que dans les centres concertados (moyenne d’environ 4 700 € dans le concertado contre près de 7 900 € dans le public, selon des données régionales récentes). Le coût total par élève (public + privé) reste inférieur à la moyenne de l’OCDE.
Comparaison des coûts par élève (ordres de grandeur
La France affiche des dépenses moyennes plus élevées en valeur absolue, particulièrement au lycée. L’Espagne bénéficie d’un ratio élèves/enseignant plus favorable dans le public (environ 10) et d’un poids plus important du secteur concertado. Dans les deux pays, le secteur aidé (sous contrat ou concertado) reçoit un financement public par élève inférieur à celui du public pur ; les familles complètent ce financement. Le secteur purement privé reste minoritaire et plus coûteux pour les ménages.
Évolution passée et situation actuelle
En France, le modèle reste centralisé. Le privé sous contrat, encadré par la loi Debré de 1959, se maintient de manière stable autour de 17-18 % des effectifs. Les dépenses progressent en euros courants, tandis que les ratios élèves/enseignant diminuent dans le 1er degré public.
En Espagne, la décentralisation autonome est marquée. Le concertado regroupe environ un quart des élèves (avec des proportions plus élevées à Madrid, au Pays basque et en Catalogne). La dépense publique a retrouvé des niveaux antérieurs à la crise, mais son poids dans le PIB demeure inférieur à celui de la France.
Les deux systèmes font face au même défi démographique, à des tensions de recrutement d’enseignants dans certaines zones et à une ségrégation socio-économique : le privé et le concertado concentrent davantage d’élèves issus de milieux favorisés.
Proposition pour l’avenir : les bons d’éducation (vouchers) de Milton Friedman
Milton Friedman (1955, « The Role of Government in Education » ; développement dans *Capitalism and Freedom*, 1962) a proposé que l’État verse aux familles un bon d’un montant équivalent au coût public moyen par élève. La famille choisit librement l’établissement (public, sous contrat/concertado ou privé) et le financement suit l’élève. L’objectif est d’introduire de la concurrence, de stimuler l’innovation et d’améliorer spontanément la qualité, en particulier dans le secteur public.
Études académiques pertinentes :
- Epple, Romano et Urquiola (2017), *Journal of Economic Literature* : revue de la littérature montrant des effets mitigés, des bénéfices pour certains groupes et un risque de ségrégation.
- Forster (Friedman Foundation / EdChoice, éditions 2009-2016) : méta-analyses indiquant que la majorité des études constatent des améliorations pour les bénéficiaires et une pression positive sur les écoles publiques.
- Hoxby (2001 et travaux ultérieurs), Wolf et al. (expériences randomisées aux États-Unis), Figlio et Rouse : preuves d’une amélioration concurrentielle des écoles publiques face à la menace des vouchers.
- Levin (1998) et Carnoy (2017) : analyses plus nuancées soulignant des effets limités sur les résultats scolaires et d’éventuels risques de ségrégation accrue.
Application possible en France et en Espagne : un bon universel ou ciblé (selon le revenu) d’un montant correspondant au coût public moyen actuel, ajusté selon le niveau d’enseignement et les besoins. Les établissements publics continueraient d’exister tout en concurrençant les autres pour attirer les élèves. Les centres sous contrat ou concertados devraient respecter des standards minimaux de qualité et de non-discrimination. Ce mécanisme pourrait renforcer la compétitivité du secteur public sans le privatiser, conformément à l’esprit de Friedman. L’évidence empirique restant mixte (gains pour certains élèves, risques de ségrégation et de « cream-skimming »), toute mise en œuvre devrait s’accompagner d’évaluations rigoureuses et de garanties d’équité.
Liste des auteurs et ouvrages mentionnés
Milton Friedman (1955, 1962) ; Dennis Epple, Richard E. Romano et Miguel Urquiola (2017) ; Greg Forster (EdChoice) ; Caroline Hoxby ; Patrick J. Wolf et al. ; Henry M. Levin (1998) ; Martin Carnoy (2017) ; DEPP (Notes d’information 2024-2025) ; Ministerio de Educación, Formación Profesional y Deportes (*Las cifras de la educación en España*) ; OCDE (*Education at a Glance*) ; Cour des comptes (rapports sur le privé sous contrat).
Conclusion
La France investit davantage par élève en valeur absolue et conserve un modèle plus centralisé, avec un privé sous contrat représentant 17 à 18 % des effectifs. L’Espagne accorde un poids plus important au concertado (environ 25 %) et consacre une part plus faible de son PIB à l’éducation. Les deux systèmes pourraient gagner en efficacité et en qualité grâce à des mécanismes de choix familial de type bon d’éducation, à condition qu’ils soient conçus avec transparence, évaluation continue et garanties d’équité. La concurrence spontanée imaginée par Friedman dans les années 1950-1970 demeure une hypothèse empirique à tester rigoureusement, et non une solution miracle automatique.
(Données approximatives et arrondies à partir de sources officielles 2023-2025. D’importantes variations régionales existent en Espagne et académiques en France. Pour les chiffres exacts, se référer aux publications DEPP – RERS et L’état de l’École – ainsi qu’à « Las cifras de la educación en España ».)
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